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Boudu sauvé des eaux

Jean Renoir | 1932 | France

Résumé du film

Entre ses éditions rares, sa femme revêche et sa jeune bonne pleine d’admiration et de tendresse, Edouard Lestingois, libraire à Paris, mène une vie paisible et heureuse. Boudu est un clochard, un vagabond, un solitaire aussi, que la perte de son chien Black désespère, au point qu’il va se jeter dans la Seine, du haut du pont des Arts – c’est-à-dire en face, justement, de la librairie. Lestingois n’hésite pas : il plonge et ramène un Boudu ruisselant qu’il installe, sous l’œil admiratif de sa bonne et des voisins, au beau milieu de son magasin. Or, loin de s’estimer redevable d’un quelconque bienfait, Boudu s’impose d’emblée comme un hôte particulièrement exigeant. Au fil des jours, la présence du clochard dans l’intérieur convenable et bourgeois du libraire donne des résultats proprement catastrophiques : totalement ignorant des « bonnes manières », il fait voler en éclats le cadre de vie et les certitudes du libraire, séduit sa femme et, pour finir, parvient même à épouser la jeune bonne Anne-Marie. Pourtant, devenir libraire à la place du libraire n’est pas précisément le rêve de Boudu : le long d’une rive herbeuse, dans la chaleur d’un jour d’été, il partira vers d’autres aventures.

Pourquoi ce film a été choisi

Par Pauline Berra de Benshi,

Autant le dire d’emblée et sans détour : Boudu sauvé des eaux est un film (délicieusement) irrévérencieux et insolent. Derrière le récit du gentil libraire qui tente de sauver un vagabond, se cache en fait une critique de la société, où chacun joue docilement son rôle. Mais Boudu est tout sauf docile. Il ne s’embarrasse pas de manières et de faux-semblants. Il préfère être authentiquement rustre plutôt que faussement bien élevé, rudement franc plutôt que gentiment hypocrite. Chacun de ses gestes et chacune de ses paroles manifestent une liberté insolente qui indigne la bonne bourgeoisie et la bien-pensance. Boudu est un rebelle qui, puisqu’il est en marge de la société, permet de porter sur elle un regard extérieur et d’en révéler certains aspects cachés, ainsi que quelques travers. Le plus amusant dans le film est de voir cet homme, hirsute et insoumis, indomptable et insolite, tenter de s’intégrer dans cette société, et les autres personnages essayer de le faire rentrer dans les clous, sans succès. A l’extérieur, Boudu est chez lui partout. A l’intérieur, dans la maison des Lestingois, il se heurte (littéralement) à ce monde bourgeois, se cognant dans les portes, renversant la vaisselle, s’essuyant les chaussures avec le dessus de lit et ainsi de suite, ce qui donne lieu à des scènes irrésistibles et jubilatoires. Il tente malgré tout de jouer le jeu, non sans malice, et de s’intégrer, mais son instinct le rappellera à la liberté, qu’il retrouvera dans un élan inconsidéré et imprévisible.
Le film est totalement dépourvu de manichéisme et ne cherche aucunement à livrer une morale. Les bourgeois ne sont pas forcément des antagonistes et le clochard n’attend pas nécessairement d’être sauvé. Il ne s’agit pas de savoir qui a raison ou qui a tort, qui a bien ou mal agi, Boudu sauvé des eaux est simplement une ode à la liberté et à l’insoumission, le tout enveloppé d’une douce anarchie.

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Textes issus de Benshi
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Bibliographie

La boîte aux lettres de gustave
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Sandra Costa, Evelyne Mary, Lirabelle, 2010
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Le Tonneau de Diogène
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Françoise Kerisel, Elodie Balandras, Magnard, 2006
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Jean Renoir, le bonheur du cinéma
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