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Contes chinois

Ah Da, Zhou Keqin, Hu Jinqing, Te Wei | 1960 | Chine

Résumé du film

Les Têtards à la recherche de leur maman

Au fond d’un paisible étang viennent de naître des dizaines de petits têtards, qui partent à la recherche de leur mère-grenouille. Chemin faisant, ils rencontrent successivement des poussins, des crevettes, des poissons d’or, un crabe, des tortues et même un poisson-chat un peu bougon. Au fur et à mesure, ils dressent enfin le portrait robot de leur maman : « Elle a de grands yeux, un ventre blanc et quatre pattes »... Mais eux constatent qu’ils ne se reconnaissent pas dans cette description. Et pourtant « les enfants ressemblent à leurs parents », leur répète-t-on !

« Tel père, tel fils. » (en chinois : « You qifu biyou qizi »)

L’Épouvantail

Au bord de son étang, un brave éleveur de poissons essaie de se protéger de la gourmandise de deux pélicans à la fois effrontés et gloutons, qui pillent sans vergogne le fruit de son travail. Il fabrique un épouvantail, dont se moquent rapidement les deux volatiles. Alors il se déguisera lui-même en épouvantail pour capturer les deux oiseaux repus, devenus peu méfiants.

« Tel est pris qui croyait prendre. » La Fontaine (Le Rat et l’huître)

« Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage. » La Fontaine (Le Lion et le rat La Colombe et la fourmi)

 

Les Singes qui veulent attraper la lune

Par une belle nuit claire, un groupe de singes essaient d’attraper la lune. Après avoir décidé de grimper les uns sur les autres, ils constatent qu’ils ne pourront pas l’atteindre si facilement. C’est alors que l’un d’entre eux, voyant l’astre de la nuit se refléter dans une mare, persuade ses amis de la capturer à la surface de l’eau. Mais la lune sera toujours la lune, inaccessible et rassurante, toujours accrochée au ciel.

« Les singes pêchent la lune dans l’étang, mais ne prennent rien. » (proverbe chinois) « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » (proverbe indien)

Les Trois Moines

Mise en image très simple, mais très drôle, de ce proverbe chinois ancien traditionnel : « Un moine seul porte deux seaux, deux moines ne portent plus qu’un seau et quand ils sont trois, ils manquent d’eau ».
Un dessin animé de type « classique » à la gouache (et à l’aquarelle) réalisé à partir de peintures de l’artiste contemporain Han Yu. Une fable curieuse, sans paroles, qui mêle trouvailles visuelles et musiques bouddhiques sacrées.

Une incitation à écouter l’autre en mettant de côté tout égoïsme stupide. Même si « charité bien ordonnée commence par soi-même », finalement « l’union fait la force », autrement dit en Chine : « Lorsqu’un troupeau de moutons est uni, le loup n’ose l’attaquer ».

Impression de montagne et d’eau

Pour le remercier de lui avoir porté secours sur le chemin vers son village dans la montagne, un musicien très âgé initie un tout jeune garçon à son art de la cithare. Une profonde amitié naît entre eux, jusqu’au jour où le vieil homme, après lui avoir fait don de son propre instrument de musique, s’évanouit dans les brumes du paysage... À jamais ?

Une œuvre élégante, paisible et sereine, où se marient subtilement la musique traditionnelle (cithare et orgue à bouche) et la peinture raffinée, dite « Montagne et eau ». Un véritable panorama de la culture chinoise élaboré selon la technique du lavis animé, à l’encre de Chine et à l’aquarelle, mis au point par Te Wei lui-même en 1960 avec Les Têtards à la recherche de leur maman.

« Mieux vaut transmettre un art à son fils, que de lui léguer mille pièces d’or. »

Pourquoi ce film a été choisi

Par Céline Maya de Benshi,

Ce programme de courts métrages est très singulier dans le paysage cinématographique jeune public.
Toutes les oeuvres sélectionnées sont rythmées par des bandes-son constituées de bruitages et de mélodies traditionnelles, sans aucun dialogue.  
Ici, il va falloir être attentif à des images qui parlent d’elles-mêmes, il va falloir prêter attention aux détails, à la forme, pour comprendre le sens du récit.

L’absence de dialogue permet de mettre en lumière la rareté des images qui s’offrent a nous ; c’est l’occasion d’admirer la technique très minutieuse de l’encre de Chine et du "lavis animé", inventée par Te Wei en 1960 pour son film Les têtards à la recherche de leur maman. C’est aussi l’occasion de se laisser bercer par la musique traditionnelle chinoise, de découvrir l’incroyable vibration de cet instrument ancestral dénommé le Guquin, et de se laisser aller aux traits vaporeux d’une nature sublimement représentée. 

Ce programme nous plonge dans la culture chinoise, son art et sa spiritualité. Dans chacun des films, il y a une morale, toujours remplie de sagesse et de leçons de vie où la nature fait loi. Y sont abordées des questions comme le rapport entre les êtres vivants et on y retrouve toujours la fascination pour une nature parfois hostile mais par dessus tout merveilleuse. 
Ces fables ne sont pas sans rappeler celles de Jean de La Fontaine : ici le règne des êtres vivants n’est pas conditionné par sa force au sens physique, mais par sa débrouillardise et sa finesse d’esprit ! 
Les personnages essaient de mener à bien leur quête mais vont tous, à leur façon, être confrontés à des obstacles : que ce soit des rivaux qui viendront perturber La mante religieuse ; le pêcheur qui tente de se débarrasser de ses adversaires dans L’épouvantail ; ou tout simplement la nature qui joue des tours aux singes qui veulent attraper la lune. Dans ce dernier, la seule raison de leur désarroi est une loi physique : un effet d’optique qui leur fait croire que la lune se trouve dans l’eau, mais qui n’est en réalité qu’un leurre !
De belles leçons de vie qui peuvent parfois sembler cruelles mais qui sont toujours montrées avec beaucoup de douceur et de poésie, ainsi qu’un brin d’humour ! 
De ces quatre courts métrages, Les singes qui veulent attraper la lune est le plus moderne dans son traitement de la bande-son mais aussi dans la technique bien connue du papier découpé. Pour autant, il ne dénote pas des autres films, et s’inscrit parfaitement dans cette lignée contemplative, empreinte de sagesse orientale, à son apogée dans le petit chef d’oeuvre Impressions de montagne et d’eau, qui donne d’ailleurs son titre au programme. Dans ce dernier est abordé le thème de la transmission du savoir et de la musique comme récompense à un acte généreux. Avec un rythme lent, ponctué par le son du Guquin, c’est avant tout un film philosophique, devant lequel il faut se laisser aller à la contemplation. Une merveilleuse façon de clore ce bouquet de courts métrages. 

Ces films plairont très certainement aux adeptes de l’Orient et de sa philosophie ; à ceux qui sauront apprécier le retour à la contemplation et se laisser bercer par le son ; aux petits et aux grands enfants qui sauront apprécier à sa juste valeur le travail de l’animation ; aux rêveurs ; aux poètes ; et à tous les curieux !

 

 

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Bibliographie

La maman des têtards, Les Éditions de L’Élan vert, Collection Les petits m, 2017
La maman des têtards, Les Éditions de L’Élan vert, Collection Les petits m, 2017
Chloé Laborde, Nicolas Lacombe
Un album aux illustrations originales, d’après le célèbre conte chinois, qui invite à s’attarder sur les petits écosystèmes qui nous entourent.