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Jeune Fille au carton à chapeau (La)

Boris Barnet | 1927 | Russie

Résumé du film

Natacha Korostiéleva habite dans la campagne enneigée de Russie avec son grand-père. Elle fabrique chez elle des chapeaux qu’elle apporte chaque jour à une commerçante de Moscou, Madame Irène. Un jour, dans le train pour la capitale, elle rencontre un jeune homme maladroit arrivé de province, Ilia Sneguirev. Quand elle le recroise quelques jours plus tard, il lui avoue qu’il est sans logement. Comme Madame Irène a demandé à Natacha d’habiter chez elle, puisque la loi l’y oblige, la jeune fille a une idée : épouser Ilia pour lui permettre d’habiter ce logement qu’elle ne veut pas occuper. Ilia s’installe chez les vendeurs de chapeaux, qui s’empressent de dénoncer le faux couple. Mais Natacha arrive juste à l’heure de l’inspection et confirme que son couple est bien vrai, allant, sans vraiment le vouloir, jusqu’à passer une première nuit aux côtés d’Ilia, après avoir raté son train. Auparavant, Nicolaï, le mari de Madame Irène, privé d’argent par sa femme, s’est arrangé pour échanger le salaire dû à son employée avec un billet de loterie correspondant au premier emprunt d’État. Il apprend que le billet remis à Natacha lui aurait valu le plus gros des lots : vingt-cinq mille roubles ! Il part donc en train pour le récupérer, poursuivi par Ilia, qui, en réalité, possède le billet. Ilia prend physiquement le dessus sur le commerçant, mais demande à Natacha de divorcer pour qu’elle ne le croie pas intéressé par l’argent. Elle refuse. Le commerçant se fait battre par le caissier de la gare, qui aime Natacha sans que ce soit réciproque. Par erreur, il frappe à son tour sa femme, qui, finalement, lui donne de l’argent pour qu’il achète d’autres billets de loterie servant d’emprunts. Natacha, à qui le caissier a rendu son billet, embrasse Ilia passionnément.

Pourquoi ce film a été choisi

Par Agnès Dupuy de Benshi,

Qu’est-ce que l’état d’Enfance, si ce n’est ce sentiment qui parcourt chaque instant du film, mêlant à la fois grâce, burlesque, drôlerie et sensualité ?
Les héros, pourtant adultes, prennent la vie avec autant de sérieux et de concentration qu’un enfant découvrant un jeu nouveau (« on dirait que tu serais mon mari »), et s’en affranchissent avec autant de liberté que lui.
La finesse des caractères - Natacha joyeuse, mutine et rusée, et Ilia tendre Charlot lunaire, aussi maladroit que sportif mais toujours plein de tact - n’a d’égale que l’élégance des images en noir et blanc, dont le grain, le dynamisme des contrastes et la subtile composition graphique, révèlent autant les peaux laiteuses que les corps musclés, les rides joyeuses ou les grimaces suantes.
L’inventivité dont fait preuve Boris Barnet dans ses cadres et ses déplacements nous fait ressentir la présence organique des éléments avec une fulgurance que n’éteint pas le siècle qui nous sépare de ces prises de vue : rails qui défilent, course effrénée, neige recouvrant les plaines ou révélant la trace d’un passage sur un banc, gel opacifiant une vitre ou dégel des coeurs sur un battement de cils, vapeur des nuages ou respiration haletante, chants de la radio (un paradoxe pour ce film muet) et silences chargés de langueur.
Un regard, un pont, une ligne d’horizon et du blanc autour : dans ses images épurées qu’un Matisse n’aurait pas désavoué, il sait également révéler tous ces détails qui trahissent l’hypocrisie sociale (la bonne qui reprend les attitudes des maitres), la pauvreté (le mouchoir qui sert de couverture), la fugacité de l’amour naissant (un sourire aussitôt apparu, éclipsé par le plan suivant) ou le désir tu (les paupières fatiguées qui n’osent pas s’endormir face à l’autre qui est là, si près).
Son rythme très enlevé est d’une redoutable efficacité et concentre avec brio toute situation sans qu’il y ait besoin d’un seul mot pour l’éclaircir, ce qui la rend immédiatement compréhensible pour chaque petit spectateur.
Le comique devient tendresse (les pieds patauds dans les bottes usées d’Ilia font fondre le coeur de Natacha), l’amour épouse le burlesque (sa course à travers les rues moscovites pour rejoindre l’être aimé finit contre la tôle d’une vespasienne), tout se croise avec naturel et légèreté, conférant au film sa poésie unique et un sentiment contagieux pour tous : la joie de vivre.

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Textes issus de Benshi
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