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Peau d’âne

Jacques Demy | 1970 | France

Résumé du film

Un Roi, devenu veuf pour respecter le serment qu’il avait fait à son épouse, ne peut se remarier qu’avec une femme plus belle que celle-ci. Or, la seule qui réponde à cette exigence est sa propre fille et il décide de l’épouser. Effrayée, la jeune Princesse demande assistance à sa marraine la fée.

Suivant ses conseils, la Princesse exige de son père trois robes impossibles à faire, mais il les fait réaliser. Elle lui demande, ensuite, la peau de son âne précieux qui défèque de l’or. Il y consent. La Princesse, déguisée en souillon et couverte de la peau de l’âne, se sauve alors dans une ferme. Un Prince passant par là, tombe amoureux d’elle. Il la reconnaîtra grâce à une bague que Peau d’Âne lui a fait parvenir dans un gâteau, et que – seule de toutes les prétendantes à la main du Prince, elle peut enfiler à son doigt...

Pourquoi ce film a été choisi

Par Jef Costello des Fiches de Cinéma,

Jacques Demy a d’abord pensé aux enfants en réalisant ce film : “Je voudrais qu’en voyant Peau d’âne, dit-il, les enfants puissent rêver à leur aise.” C’est en effet le cas de ce classique de la cinématographie enfantine. Mais de quels rêves s’agit-il ? Rarement film n’a autant ressemblé à une dragée au poivre, si sucré dehors qu’il agace les stoïciens, si pimenté dedans qu’il effraie les hédonistes. Car, entre deux chansons de Michel Legrand, derrière la gaieté pimpante, se cachent des allusions à l’inceste, l’opium (“nous fumerons la pipe en cachette”) et des projets de vengeance féminine.

Il est d’ailleurs symptomatique de constater l’absence de Peau d’âne dans l’ensemble des contes illustrés par Disney. Comme s’il était impossible de masquer ou édulcorer la force transgressive de cette histoire. Demy a choisi de ne rien éluder : la vision de la peau d’âne nous répugne car elle porte encore la trace de l’écorchage, l’âne défèque de l’or, la vieille sorcière vomit des crapauds. Mais il a préféré, comme il l’a toujours fait, le dire en ritournelles et évacuer tout pathos, étranger par nature au conte de fées. Avec peu de moyens, Demy est parvenu à donner une impression d’opulence à l’écran. Par l’intermédiaire de ses trucages contemporains de Méliès, de son interprétation et ses anachronismes, ce film est profondément imprégné de l’univers de Cocteau. C’est un cousin gracieux et léger de La Belle et la Bête. Il baigne aussi dans l’ambiance “flower power” de la fin des sixties, coloré par les séjours outre-Atlantique du couple Varda-Demy, trouvant ici ou là des raccourcis audacieux entre le royaume Rouge et Jim Morrison (qui fit une visite sur le plateau).

C’est un film dandy, qui a le courage d’oser énerver certains de ses spectateurs car il sait que les autres lui seront acquis de façon indéfectible.

 

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Textes issus des Fiches du Cinéma
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